A «l’Equipe», une grève partie pour durer

Il y a 1 semaine 18

L’Equipe connaîtra jeudi son sixième jour de grève, la plus longue de son histoire récente. Le journal ne paraît toujours pas, et le conflit social tourne même à la guerre de communication. Depuis vendredi, les salariés s’opposent à la suppression annoncée l’automne dernier d’une quarantaine d’emplois, soit plus de 10% des effectifs. Le mouvement de grève, lancé à l’appel de l’intersyndicale (SNJ, SNJ-CGT, UFICT-CGT, SGLCE-CGT) est très suivi, avec 80% de grévistes. «On a toujours la même revendication principale, une suspension du PSE (plan de sauvegarde de l’emploi) pour suspendre la grève», indique Francis Magois, du SNJ. Mercredi à 16 heures, la grève a été à nouveau reconduite pour vingt-quatre heures.

Un peu avant cela, en marge d’une réunion entre direction et syndicats, une soixantaine de salariés s’étaient mobilisés devant et à l’intérieur de l’immeuble du groupe, brandissant des exemplaires de leur journal ou de France Football. Certains avaient déjà fait savoir au public leur soutien au mouvement en publiant sur Twitter un message identique lundi : «La grande majorité des journalistes de l’Equipe a choisi de faire grève […] et de renoncer à sa mission, vous informer. Mais un plan social nous contraint à défendre nos emplois, nos conditions de travail et l’idée que nous avons de l’Equipe et de nos titres.» Selon le Monde, la caisse de solidarité mise en place par les grévistes approchait les 10 000 euros mardi soir.

Dans le même temps, le directeur général du groupe L’Equipe, Jean-Louis Pelé, affirmait pourtant sur France Info que des «nouvelles avancées» avaient été réalisées dans les négociations. Concernant des départs volontaires notamment : un salarié «qui a trente ans d’ancienneté» se verra par exemple proposer «de partir avec 3,5 années de salaires». Dans un communiqué, la direction proposait surtout une «solution alternative» au PSE, un accord de performance collective (APC) comprenant notamment l’abandon de dix jours de RTT et une diminution temporaire des salaires de 5%.

«Indispensable pour "l’Equipe" de demain»

C’est un premier APC qui avait déclenché la crise sociale à l’Equipe en juin. Il prévoyait alors une baisse des rémunérations de 10% et l’abandon de seize jours de RTT, contre la sauvegarde des postes. Un chantage à l’emploi, avaient rétorqué les salariés. «J’ai bien entendu le mécontentement», a enfin indiqué Jean-Louis Pelé dans un courrier envoyé mardi soir aux équipes et consulté par l’AFP. Mais «se restructurer aujourd’hui est indispensable pour construire l’Équipe de demain», insiste-t-il.

La direction veut créer une douzaine de postes sur le numérique, dans l’optique de favoriser le recrutement d’abonnés payants, avec l’objectif d’en rassembler 300 000 (contre moins de 100 000 actuellement). Au total, en comptant papier et numérique, la diffusion de l’Equipe avait reculé en novembre de 12,61% par rapport à la même période un an plus tôt, à 192 499 exemplaires par jour, selon l’Alliance pour les chiffres de la presse et des médias (ACPM).

«Cinq jours de grève, ça ne les touche pas»

Les propos de Pelé sont un «plan com» pour Francis Magois, aucune avancée n’ayant été conclue en réunion mardi, l’élu SNJ évoquant lui des «mesurettes». «C’est du cirque, qui rajoute de la tension à la tension», ajoute-t-il. Dans les faits, la direction continue de suivre le calendrier des réunions fixées. «On a l’impression que cinq jours de grève, ça ne les touche pas», explique Francis Magois. Ce plan social suit d’autres restructurations ces dernières années qui ont mis à mal le moral de la rédaction. «C’est comme s’ils se shootaient aux PSE. Une fois que l’effet est passé, ils recommencent.» Les salariés ne comprennent pas les arguments économiques derrière ce plan. La trésorerie du groupe Amaury, qui détient l’Equipe, se monterait ainsi à 500 millions d’euros.

La direction, elle, avance comme prétexte la prudence face à ces temps incertains. «On a été touchés par l’arrêt des compétitions sportives et par le changement d’habitude des lecteurs», déclare Jean-Louis Pelé à France Info. Le plan permettrait 5 millions d’euros d’économies. Et dans son communiqué, la direction indique que «si rien ne devait être fait, les projections de pertes pour les quatre années à venir seraient de 6 millions d’euros pour 2021, 7 millions pour 2022, et à plus de 10 millions pour 2023 et 2024». Les syndicats ne sont pas convaincus, estimant que la direction de l’Equipe cherche simplement à «faire mieux avec moins» d’après le SNJ. Ils s’inquiètent d’une mort programmée de France Football et d’une couverture sportive restreinte, notamment du rugby ou des sports olympiques, si le plan social venait à être appliqué.

Adrien Franque

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