« J’ai perdu une part de moi » : pour François Bayrou, la vie sans Marielle de Sarnez

Il y a 1 semaine 15
Francois Bayrou, fondateur du MoDem, ancien ministre de l'Education (1993-1997) et ministre de la Justice (2017). En 2020, il est nommé haut-commissaire au plan. Il est photographié dans son bureau, au plan, qui se trouve au 19 rue de Constantine, à Paris. 

Photo © Ed Alcock / M.Y.O.P. 16/2/20221

Francois Bayrou, founder of the MoDem, former Minister of Education (1993-1997) and Minister of Justice (2017). In 2020, he was appointed High Commissioner for the Plan. He is photographed in his office at 19 rue de Constantine in Paris. 

Photo © Ed Alcock / M.Y.O.P. 16/2/20221 ED ALCOCK / MYOP POUR « LE MONDE » Par Solenn de Royer et Mariama Darame

Publié aujourd’hui à 05h45

Réservé à nos abonnés

RécitDepuis la disparition de la députée de Paris, le 13 janvier, des suites d’une leucémie, le président du MoDem réapprend à mener la barque centriste sans son « alter égale » et a fait de la bataille pour la proportionnelle un combat à la mémoire de celle-ci.

La salle Lamartine, dans les sous-sols de l’Assemblée nationale, est pleine à craquer, ce mardi 19 janvier. Au lendemain des obsèques de la députée de Paris Marielle de Sarnez, à l’église Saint-Sulpice, la quasi-totalité des députés du MoDem, rejoints par les cinq ministres issus du parti centriste, entourent François Bayrou pour cette réunion de groupe, teintée de tristesse et de gravité. Devant ses troupes, le président du MoDem rend un long hommage à son infatigable sœur d’armes, décédée le 13 janvier d’une leucémie. « Vous vous rendez compte, lâche-t-il soudain, comme surpris lui-même. Pendant trente-cinq ans, je lui ai parlé au moins dix fois par jour. » Il a compté : cela fait près de 130 000 fois. Puis : « Je ne veux pas que Marielle devienne un mausolée. On va travailler comme si elle était là. Il faut continuer à porter les combats. »

Lire aussi Marielle de Sarnez, figure incontournable du courant centriste, est morte à l’âge de 69 ans

Le mardi suivant, le maire de Pau lançait l’offensive pour changer le mode de scrutin et instaurer la proportionnelle aux législatives. Un engagement de campagne d’Emmanuel Macron. Et un pilier de l’« accord d’alliance » que ce dernier a passé avec le leader centriste, il y a tout juste quatre ans. Lettre au président de la République, propositions de loi déposées, tournée des états-majors politiques – en partie ralliés à la cause – et des médias : le haut-commissaire au plan, qui aura 70 ans en mai, place toutes ses forces dans la bataille. « La France ne peut pas continuer comme ça, dans ce divorce incroyable entre les institutions et les citoyens », insiste-t-il.

Lire aussi François Bayrou : « Mon interlocuteur premier, c’est le président »

Un « baroud d’honneur » pour les uns. La « conviction d’une vie » pour les autres. Et puis il y a ceux, parmi ses plus proches, qui perçoivent ce qui se joue là, aussi, pour le maire de Pau : « La proportionnelle, c’est une forme de croisade, observe le député MoDem des Hauts-de-Seine Jean-Louis Bourlanges. François se sent l’exécuteur testamentaire d’un message politique qui a toujours été le sien et celui de Marielle. Il estime qu’on lui doit cette fidélité. » Un combat à sa mémoire, en somme.

Les hauts et les bas

Avec la députée de Paris, éphémère ministre des affaires européennes en 2017 et présidente respectée de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée, François Bayrou a tout vécu. Les hauts : les 18 % de la présidentielle de 2007 et, dix ans plus tard, l’entrée conjointe au gouvernement, dans le sillage de l’accord conclu avec Emmanuel Macron. Mais aussi les bas : une interminable traversée du désert (2007-2017), rythmée par les échecs électoraux ; les départs successifs de nombreux cadres et élus centristes, en désaccord avec la stratégie d’indépendance du centre ; l’affaire des assistants parlementaires du MoDem, qui a conduit le duo Bayrou-Sarnez à quitter le gouvernement, un mois seulement après sa nomination. « Entre eux, c’était à la vie, à la mort », résume le conseiller de Matignon Camille Pascal, qui fut le collaborateur de Bayrou dans les années 1990. Un tandem fusionnel comme il n’en existe pas, ou si peu, dans la vie politique. « J’ai perdu une part de moi », a reconnu le maire de Pau devant un proche.

Il vous reste 74.18% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Lire la Suite de l'Article