Politique Laïcité

Alors que le Sénat doit voter, vendredi, le projet de loi « confortant le respect des principes de la République », le ministre de l’éducation plaide au sein de la majorité pour une laïcité exigeante et prépare le lancement d’un think tank pour « nourrir » le débat en 2022.

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Le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer, dans son bureau de la rue de Grenelle, à Paris, le 8 mars. Le ministre de l'éducation Jean-Michel Blanquer, dans son bureau de la rue de Grenelle, à Paris, le 8 mars.

Laconique et tranchant. Dans le studio de RTL, ce jeudi 1er avril, Jean-Michel Blanquer fait le service après-vente des annonces sanitaires présidentielles, dont la fermeture des écoles contre laquelle il bataille depuis des mois. Puis il est interrogé sur la polémique suscitée par la candidate socialiste aux régionales en Ile-de-France, Audrey Pulvar, qui a dans un premier temps – avant de s’expliquer plus avant – laissé entendre qu’on pouvait demander aux Blancs de se taire lors d’une réunion non-mixte réservée aux personnes discriminées. « Lamentable, tout simplement », lâche le ministre de l’éducation nationale.

« Dramatique », répète-t-il devant Le Monde, calé dans un fauteuil de son vaste bureau, rue de Grenelle. « Une partie de la gauche a dérivé, poursuit-il. Cette frange a la victimisation comme boussole, par peur, lâcheté et clientélisme. Cette matrice du ressentiment est vecteur de divisions, voire de violences. C’est un éléphant au milieu de la pièce, je m’étonne que certains ne le voient pas ! On doit être d’une extrême vigilance. »

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Constant et courageux pour les uns, clivant et obsessionnel pour les autres, Jean-Michel Blanquer se voit comme la vigie républicaine de la majorité. Absorbé depuis des mois par la gestion de la crise sanitaire, le ministre de l’éducation n’a pas délaissé pour autant ce combat, dénonçant la pente « fasciste » du syndicat étudiant UNEF – après l’évocation de réunions non-mixtes par sa présidente – ou volant au secours de la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, prise dans une polémique pour avoir critiqué « l’islamo-gauchisme » qui « gangrène la société ». Lui-même avait dénoncé à l’automne 2020 les « ravages » de l’« islamo-gauchisme » dans les facultés, suscitant la stupeur de la Conférence des présidents d’université.

Angle mort

Dans la majorité et au gouvernement, où son côté « bon élève » agaçait déjà, certains s’exaspèrent d’une omniprésence du ministre sur la laïcité. « Jean-Michel va trop loin, soupire un de ses collègues. Il est pris dans le piège de la caricature. » « Il fait une focalisation sur la laïcité et les questions identitaires », ajoute la députée du Val-d’Oise Fiona Lazaar – en rupture de ban avec La République en marche (LRM) –, selon laquelle ces sujets ne doivent pas devenir l’alpha et l’oméga du débat public.

Fin février, un collectif d’élus LRM et de ministres proches d’Emmanuel Macron, dont le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O, le délégué général de LRM Stanislas Guerini et le conseiller du chef de l’Etat Stéphane Séjourné, ont publié une tribune dans Le Monde pour critiquer les « débats stériles » entre « contempteurs de l’islamo-gauchisme » et « défenseurs de l’intersectionnalité ». Dans leur viseur, Jean-Michel Blanquer, qui occupe le créneau républicain depuis son arrivée rue de Grenelle, il y a quatre ans.

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