International Kirghizistan

Un différend frontalier ancien et la question de l’accès à l’eau ont entraîné une explosion de violences qui a fait une cinquantaine de morts depuis jeudi.

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Un homme, au milieu des ruines de son commerce incendié, à Maksat, au Kirghizistan, à la frontière avec le Tadjikistan, le 2 mai 2021. Un homme, au milieu des ruines de son commerce incendié, à Maksat, au Kirghizistan, à la frontière avec le Tadjikistan, le 2 mai 2021.

A mesure que la poussière retombe à la frontière entre le Tadjikistan et le Kirghizistan, dans la vallée de la Ferghana, la gravité des incidents qui s’y sont produits ces derniers jours apparaît au grand jour. Lundi 3 mai, la tension semblait totalement retombée, alors qu’une trêve conclue deux jours plus tôt n’avait pas suffi à arrêter totalement les combats entre les deux pays, les plus graves depuis les indépendances de 1991 et l’apparition d’inextricables conflits frontaliers.

L’heure est désormais au bilan, et il est lourd. Côté kirghiz, les autorités font état de 36 morts, dont 31 civils, et plus de 183 blessés. Le Tadjikistan a évoqué lundi pour la première fois « plusieurs tués et des dizaines de blessés ». Les estimations indépendantes, notamment celle de l’antenne tadjike de Radio Liberté, évoquent environ 15 morts.

Ce décalage dans la communication et dans les bilans n’est pas étonnant : la tumultueuse démocratie kirghize a une tradition de transparence qui n’existe pas à Douchanbé, où le dictateur Emomali Rahmon est au pouvoir depuis 1992. Ensuite, il semble bien que les combats les plus durs et les bombardements les plus intenses se soient déroulés côté kirghiz de la frontière, principalement dans le district de Batken.

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Les habitants des deux côtés, qui avaient fui par dizaines de milliers, ont pu retourner dans la zone, où ils ont constaté des destructions importantes. Une centaine de maisons et de bâtiments ont été rasés dans plusieurs villages, dont des écoles. Ces chiffres traduisent l’intensité des combats, qui auraient mobilisé jusqu’à des hélicoptères de combat. Au moins trois postes-frontières kirghizs ont aussi été incendiés. Les dégâts sont moindre côté tadjik, mais tout de même importants, en particulier dans le district d’Isfara.

Accusations mutuelles

Les deux parties s’accusent mutuellement du déclenchement des combats, mais leurs versions sont assez proches en ce qui concerne le déclenchement des violences, jeudi 29 avril. Le différend concernerait l’accès à l’eau, traditionnellement problématique à la sortie de l’hiver, quand l’irrigation reprend.

A la suite de la tentative des autorités tadjikes d’installer un système de surveillance sur un centre de répartition de l’eau situé en zone neutre, des civils des deux pays auraient commencé à se jeter des pierres, avant que n’interviennent les premiers tirs d’armes à feu. Dix civils kirghizs ont été capturés à ce moment, avant d’être relâchés deux jours plus tard.

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