Régionales : Comment expliquer la contre-performance du Rassemblement national ?

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Marine Le Pen.

Marine Le Pen. — FRANCOIS GREUEZ/SIPA
Malgré de bons sondages, le Rassemblement national perd 9 points au niveau national par rapport aux régionales de 2015. Au sein du RN, on explique ces moins bons résultats par l’abstention historique, alors que l’électorat de Marine Le Pen semble avoir moins participé au scrutin. Le casting des têtes de liste, moins clinquant qu’en 2015, pourrait également avoir eu un impact sur le score du mouvement.

Douche froide pour le Rassemblement national. Au premier tour des régionales, ce dimanche, le parti de Marine Le Pen a recueilli environ 19 % des voix sur l’ensemble du territoire, soit 8 à 9 points de moins qu'en 2015. Les bons sondages, qui donnaient les candidats RN en pole position dans six régions, ont été démentis dans les urnes. Seul Thierry Mariani devance le candidat LR Renaud Muselier en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, mais seulement d’une courte tête (36,38 contre 31,91 %). Comment expliquer ce reflux électoral, dans un scrutin que la candidate RN espérait transformer en test à dix mois de l’élection présidentielle ?

Le RN blâme l’abstention

« Notre pire ennemi est l’abstention », s’inquiétait dès jeudi le maire RN de Fréjus David Rachline à l'occasion d'un déplacement de campagne au marché du Brusc, dans le Var. A ses côtés, Thierry Mariani et Marine Le Pen redoutaient également une faible participation, accusant le gouvernement de « l’organiser ». Pour expliquer les résultats décevants de dimanche, les responsables du parti ont repris l’argument, ciblant le boycott historique des urnes, à plus de 66 %. « Notre déception, c’est d’avoir constaté que notre électorat – les plus jeunes, les classes populaires – ne s’est pas déplacé dimanche. Nous sommes les premières victimes de l’abstention », déplore Gilles Pennelle, la tête de liste en Bretagne, arrivé en cinquième position.

Un sondage Ifop-Fiducial pour TF1 et LCI confirme que l’électorat de Marine Le Pen au premier tour de 2017 est, avec celui de Jean-Luc Mélenchon, celui qui s’est le plus abstenu ce dimanche, à 71 %, contre seulement 48 % pour les personnes qui avaient voté François Fillon. « La faible participation a un impact sur les résultats, d’autant qu’on remarque une abstention différentielle. L’électorat n’est pas représentatif, ce sont plutôt les seniors et les plus diplômés qui se sont rendus aux urnes, renforçant la droite classique ou le PS et marginalisant les extrêmes, dont le RN », note Luc Rouban, chercheur au Cevipof et directeur de recherches au CNRS.

Une erreur de casting et de stratégie ?

Mais l’abstention peut-elle expliquer, seule, la contre-performance du Rassemblement national ? « Cet échec est aussi lié à un problème de casting. On voit bien qu’Hervé Juvin en Pays de la Loire (4e à 12,53 %), ou Alexandre Kotarac en Auvergne-Rhône-Alpes (3e à 12,33 %) ne font pas de plus-values sur leur personnalité par rapport au score de Marine Le Pen en 2017 dans ces régions », assure Jean-Yves Camus, directeur de l’Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès. « Malgré leur forte présence sur les plateaux télé, Sébastien Chenu dans les Hauts-de-France (2e à 24,37 %) et Laurent Jacobelli dans le Grand Est (2e à 21,12 %) sont aussi très loin des scores de Marine Le Pen et Florian Philippot dans ces régions en 2015 (40 et 36 %) ».

Avec 13.12 %, le numéro 2 du parti, Jordan Bardella, perd aussi cinq points par rapport à son prédécesseur en Ile-de-France, Wallerand de Saint-Just, en 2015. Il n’y a qu’en Paca que l’ancien ministre de Sarkozy Thierry Mariani approche les scores de Marion Maréchal. « Je me demande si le RN n’arrive pas aussi à la limite de la stratégie de dédiabolisation : à force de se normaliser, il n’y a plus beaucoup de différences entre l’aile droite de LR, ce qui pourrait démotiver certains électeurs », ajoute Jean-Yves Camus. Du côté du RN, on espère un « sursaut » le 27 juin prochain.

« Je suis optimiste, car nous avons un électorat de second tour. Nous allons mobiliser toute la semaine, je reste confiant et je pense que nous allons emporter la Paca », indique Gilles Pennelle. Une victoire de Thierry Mariani dimanche prochain permettrait à Marine Le Pen d’effacer l’échec de dimanche. Un enjeu décisif, à quelques mois de la présidentielle.

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