#SciencesPorcs : à Paris, une manif étudiante contre les violences sexistes et sexuelles

Il y a 1 mois 57

Violences sexuelles: maintenant on agitdossier

Chevron pointing left

Plusieurs centaines de personnes ont défilé dans la capitale samedi dans le sillage du mouvement de libération de la parole sur les violences touchant l’enseignement supérieur.

Manifestation étudiante contre les violences sexistes et sexuelles dans l'enseignement supérieur et secondaire, entre la place René Char et le Panthéon à Paris ce samedi. (Cyril Zannettacci/Vu pour Libération)

par Garance Fragne

Il est 13h30 ce samedi, et la place René-Char, dans le VIIe arrondissement de Paris, prend soudain un nouvel aspect. Quelques centaines de manifestants, cheveux roses, bleus, verts, drapeaux LGBTQIA + brandis, s’apprêtent à s’élancer vers le Panthéon pour une marche dénonçant les violences sexistes et sexuelles dans l’enseignement supérieur et secondaire. Dans le sillage du mouvement #SciencesPorcs, après la révélation de plusieurs cas d’agressions sexuelles dans les Instituts d’études politiques (IEP) du pays, ces militantes et militants féministes entendent clamer le message résumé par une banderole : «Je veux être diplômée, pas violée.»

Dans le cortège étudiant contre les violences sexistes et sexuelles à Paris ce samedi. (Cyril Zannettacci/Vu pour Libération)

Louna, 20 ans et brassard orange de l’organisation autour du bras, étudie à la Sorbonne. «Après un appel à témoignages, on a reçu d’innombrables récits de viols et d’agressions sexuelles au sein de la Sorbonne. Il nous fallait absolument une action pour visibiliser cette lutte.» Elle allume un fumigène rouge et hurle : «Violeurs et assassins, le kérosène, ce n’est pas pour les avions, c’est pour brûler». «Les amphis, ils sont à qui? Ils sont à nous répond la foule en cœur.

Joseph, 18 ans, en classe préparatoire scientifique à Paris, est venu à la marche par solidarité : «J’ai de nombreuses amies qui ont subi dans le cadre de leurs études des agressions et des viols. Systématiquement, on leur demande de se taire. Ça m’exaspère. Soit les violeurs sont envoyés vers un autre campus pour que la victime ne fasse pas “d’histoire”, soit on les ignore.»

A quelques pas de là, trois personnes sourdes utilisent le langage des signes pour transmettre leur message. Véronique, 14 ans, Johncy, 15 ans, et Safa, 18 ans, tapotent quelques mots sur leur téléphone : «On veut se battre et lutter contre les violences.» Véronique, qui dit avoir subi des faits d’inceste, explique : «Je ne me sens pas en sécurité dans mon école, je ressens très souvent le sexisme.»

(Cyril Zannettacci/Vu pour Libération)

Sabrina a 42 ans. Cette chargée de clientèle est venue exprès de Bourgogne. «Avec ma cousine, on a vu l’information sur Instagram, on a directement pris un aller-retour pour Paris.» Mère de deux garçons, âgés de 10 et 6 ans, elle souhaite la démission du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, visé par une enquête pour viol, et une éducation dès le plus jeune âge sur le consentement. Sa cousine de 22 ans, Noémie, se remémore ce professeur d’éducation physique et sportive au collège qui l’a «prise sur son épaule et donné une énorme fessée». «Il avait des propos misogynes et ouvrait la porte des vestiaires des filles quand on se changeait, dans l’unique but que les garçons nous voient.» Elle soupire : «Je l’avais dit à ma mère, mais même elle n’a pas réagi. Elle m’a dit : “Il a fait ça parce qu’il t’aime bien.”»

Vers 17 heures, le cortège touche à sa fin. Près du Panthéon, barricadé par des camions de police, le collectif Paris Queer Antifa suspend sur deux lampadaires, au milieu de la rue, une immense banderole violette aux inscriptions blanches : «Violeurs, complices : Abats l’impunité.»

Lire la Suite de l'Article